Reconstruire « une économie qui fonctionne pour TOUT le monde »

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Une économie globale qui profite à tous est une économie qui intègre la question des emplois perdus ou dévalorisés par la globalisation. Comment ? Est-ce qu’une question de qualifications ? Les secteurs qui ont connu les plus fortes diminutions d’emplois sont, dans les pays développés, les secteurs de l’industrie. Il est devenu politiquement correct de vouloir relancer l’industrie à l’image du symbolique ministère français du « redressement productif ». Mais est-ce économiquement correct ?

Eric Heyer : Concrètement, une économie qui profite à tous pourrait ressembler au modèle scandinave. Il s’agit de pays dont l’économie suit bien le modèle de la mondialisation et du capitalisme globalisé mais avec une forte régulation. Fondamentalement, c’est donc vers un capitalisme régulé qu’il faut tendre. Ce capitalisme doit être régulé par des forces douées d’une légitimité démocratique. Parvenir à se diriger vers ce concept permettrait la création de richesses, redistribuées à l’ensemble de la population. A l’inverse de ce que pensent un certain nombre de libéraux, le rôle de l’Etat est donc primordial dans ce type de fonctionnement.  Il est ici question d’un Etat au sens large : il peut s’agir de parlementaires, tant qu’ils sont des forces démocratiques élues par le peuple. Ce sont ces représentants du peuple qui votent les lois, fixer un cap, définir ce qui est légal de ce qui ne l’est pas et décider comment organiser la redistribution. Outre cette dernière, la règlementation est primordiale. Dans le cadre d’une économie qui profite à tous, les préoccupations qu’il nous faudrait avoir sont les suivantes :

  • 1- la redistribution, pour limiter les inégalités

  • 2- la soutenabilité de notre croissance économique, ainsi que la soutenabilité d’un point de vue environnemental.

Nous savons aujourd’hui que le système mondialisé tel qu’il est nous conduit à une impasse extrême en termes d’environnement, de réchauffement planétaire. A en croire les engagements de la COP 21, la nécessité de prendre des engagements et de les appliquer est réelle. Pour ce faire, il est évident qu’il faudra réguler notre production, mettre en place de nouvelles normes, fixer de nouvelles directives et réaliser les investissements qui en découleront. Ce que ne fait pas, aujourd’hui, le capitalisme mondialisé. C’est pourtant dans ce genre de direction qu’il est primordial d’aller, quand bien même il s’agit d’engagements de très long terme. C’est vrai tant pour la lutte contre les inégalités que pour le changement  de notre modèle productif vers une économie moins dépensière en ressources, en carbone, etc. Cette tache échoit aux Etats.

Il y a, à cet égard, de vrais obstacles. La concurrence internationale en est un. Au sein de la zone euro, la mise en place d’une monnaie unique visait à mettre un terme à cette concurrence. Cependant, les règles budgétaires extrêmement strictes soumettent certains pays à des engagements de réduction rapide de leur déficit, qui freinent leur croissance économique. Pour contrer cette situation, ces mêmes pays sont contraints à s’engager dans la compétition pour trouver ailleurs, au-delà de leurs frontières, la croissance qui est amputée par les politiques intérieures de réduction des déficits. Ces politiques sont menées un peu partout en Europe. C’est une catastrophe. Regarder la zone euro dans son ensemble, comme un tout, permet de réaliser qu’elle dégage des excédents commerciaux considérables, aux alentours de 3 points de PIB (ce qui n’est pas le cas des Etats-Unis ou de la Grande-Bretagne, qui sont déficitaires).  Pourtant, les pays européens continuent de baisser leurs salaires et de chercher davantage de compétitivité. C’est le fait de leur engagement dans la réduction des déficits. Cette course à la déflation est extrêmement dangereuse.

Réguler l’économie capitaliste globalisée ne peut pas se faire seul. De la même façon qu’un pays ne pourra pas non plus se lancer seul dans une économie plus modeste en gaz à effet de serre. Tous ces éléments relèvent d’objectifs de court (désinflation compétitive), moyen (lutte contre les inégalités) et très long-termes (environnement). Ces trois grands engagements de notre économie globalisée nécessitent davantage de coopération. Ce besoin de coopération entre Etats est primordial et fait défaut aujourd’hui, y compris dans une zone soit disant intégrée comme la zone euro.

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About the Author

Claude Guillemain est également Président fondateur de Breizh 2004, mouvement fédéraliste breton et européen, et du Réseau des Bretons de l’Etranger - RBE - . Il est expert international en crédit rural et microfinance, consulting et conseil financiers, appui aux Institutions de Microfinance. Âgé de 72 ans, célibataire, six enfants. Diplômé en 1968, École Supérieure de Commerce de Reims (master en management). Ancien du Crédit Agricole, free lance depuis 1988, il a dirigé une entreprise de conseil en France, et a travaillé pour la Commission européenne comme expert à Bruxelles et au Malawi. Installé en Tunisie, il gère le RBE et BREIZH 2004. C’est un ancien membre de Strollad ar vro.